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Après demain, c'est le bal. J'ai beau me tenir
mentalement en retrait par rapport à cette vie, puisque je
vais rentrer " chez moi " même si je ne le désire pas
vraiment, je commence à être très
impressionnée par ce qui va m'arriver.
Après tout, si je participe au bal de l'équinoxe
c'est pour me marier. Une fois mariée, je me vois mal
revenir sur terre, en plantant mon mari là, sans autre forme
de procès. Le Duc et la Duchesse sont toujours des
étrangers pour moi et je n'ose pas aborder le sujet avec
eux.
Pour le moment, avec les soixante-quatre autres jeunes filles
qui participeront aux fêtes comme débutantes, comme
moi, nous sommes dans la grande salle du bal, pour
répéter le déroulement des opérations
et l'enchaînement des danses sous la direction d'un grand
chambellan impitoyable. Pour l'occasion nos cavaliers sont
représentés par nos gardes du corps respectifs, je
danse donc dans les bras du beau Richard, qui danse très
bien et qui est totalement insensible à mon charme. A la
limite c'est un peu vexant mais cela doit faire partie de leur
formation.
Donc pour la première fois de ma vie, je suis
entrée dans le palais impérial. Qui est plutôt
une immense, une colossale suite de palais. Le sol est en marbre
parcouru de veines de toutes les nuances de sombres mais aussi de
tapis rouges, les murs sont en marbre blanc, décorés
de dorures, de sculptures rehaussées d'or, de fanions et de
fresques très antiques. Tout est grand, le plafond est aussi
loin vers le haut que dans une cathédrale, les pièces
sont plus vastes qu'un stade de football. Nous n'avons vu que la
salle du trône et la salle du bal ainsi que les annexes
indispensables, j'ai déjà l'impression d'avoir
marcher pendant des kilomètres.
La répétition n'a pas lieu en robe, nous sommes
toutes en tailleur. J'ai choisi un tailleur noir avec un manteau de
fourrure blanc, j'aurais pu faire l'inverse comme Dorine qui veut
savoir ce que je pense de Piotr. Jade elle, porte un très
joli tailleur rose qui lui va ravir. Je trouve qu'elle a une
fraîcheur qui la rend irrésistible. Nos manteaux et
nos vestes sont dans les vestiaires, nous sommes toutes en
chemisier et en jupes pour être plus à l'aise et
chacune s'observe.
Qui à la taille la plus fine ?
Qui porte les talons les plus hauts ?
Qui est vraiment la plus belle ?
Qui danse le mieux ?
Qui va finir avec l'unique Duc potentiel de la soirée
?
Quelles sont les chaînettes que nous portons à nos
chevilles ?
Pour l'instant je suis les consignes avec attention en
m’efforçant de ne pas me faire remarquer.
Après, je sais qu'une petite collation est prévue.
J'espère que nous pourrons bavarder tranquillement entre
nous. J'ai vu qu'il y a beaucoup d'anciennes élèves
de l'institut. Pour l'instant je dois me concentrer sur les
enchaînements de danse.
La collation tant attendue arrive enfin mais Dorine me jette le
grappin dessus alors que je sirote une boisson énergisante.
Je réponds de manière plus qu'évasive sur mon
entrevue avec Piotr ; elle se lasse enfin et je peux rejoindre Jade
qui attend patiemment à l'écart.
_ Elle m'énerve, Dorine, toujours à se
mêler de ce qui ne la regarde pas.
_ Je trouve que tu as changé, depuis l'institut. Me
répond Jade, comme un reproche.
_ Je n'ai jamais aimé que l'on s'occupe de mes affaires.
A l'institut je n'en avais pas d'affaire. Cela m'étonnerait
que le Duc me destine ce Piotr comme époux.
_ Tu crois que c'est lui qui décide ?
_ Je ne sais pas, mais assez parler de cela, Comment c'est dans
le Nord ?
_ Tu as toujours aimé les descriptions... Que te dire ?
Il y a des montagnes, de la neige, et de ce que j'en ai vu, les
deltas ont un mal fou à faire pousser quoi que ce soit.
_ Cela ne fait pas trop envie.
Je me demande s'ils font du ski dans ce monde mais comment lui
demander ?
_ Et toi, la vie de Duchesse ?
_ Je ne sais pas trop, je ne les vois jamais, la vie dans leur
domaine est beaucoup plus agréable mais ils passent l'hiver
dans leur tour.
_ Il paraît qu'ils ont vingt étages pour eux tous
seuls !
_ Si c'était le cas, on s'ennuierait plutôt. Il y
a du monde partout et beaucoup de soldat.
_ Tu vois d'autres membres du conseil parfois ?
_ Oui lorsque nous recevons.
_ Et comment sont-ils ?
Je ressens douloureusement ma qualité
d'étrangère. Je ne m'intéresse pas à ce
que sont ces gens, à ce qu'ils pensent.
Finalement, la collation passe ainsi, en bavardant de la vie
des Ducs et des Duchesses en sirotant nos boissons
énergétiques et en avalant nos petites pilules. Il y
en a bien besoin car rester debout longtemps en talon est une
véritable torture, encore plus que le corset auquel j'ai
fini par m'habituer.
J'ai remis mon manteau en fourrure, j'ai remis ma toque en
fourrure, je cache déjà mes mains gantées dans
le manchon de fourrure pour affronter l'air glacial des jardins du
palais quand un serviteur vient jusqu'à moi.
_ Vous êtes Bettine, Mademoiselle ?
_ Oui ?
_ Le Prince Boris désire s'entretenir avec vous.
Suivez-moi.
Jade frissonne de peur en entendant les simples mots " Prince
Boris ". Elle me jette un regard éperdu comme si un grave
danger allait s'abattre sur moi.
_ Vous pouvez venir aussi, Mademoiselle si vous répondez
au nom de Jade.
Elle hoche la tête, pétrifiée.
Je me demande si je dois la rassurer en lui disant que je
connais très bien Boris. Je préfère me taire
et la laisser se faire des films. En attendant, nous voilà
dans les couloirs du Palais, à croiser des servantes et des
serviteurs, mais aussi des gardes, des fonctionnaires, des
ministres peut être ?
Certains nous regardent avec attention, d'autres sont
indifférents, d'autres nous font des petits sourires
entendus. Je suis curieuse, mais les couloirs se ressemblent et il
me semble que nous marchons un bon quart d'heure, parfois en
empruntant des plates formes élévatrices avant
d'arriver dans les appartements du prince. Nous sommes passé
au scanner avant de pouvoir franchir le pas de la porte.
L'omniprésence des gardes armés ne tranquillise en
rien ma compagne.
_ Bettine ! Entre !
Boris me fait un grand sourire et me serre dans ses bras. Je le
trouve moins gringalet que d'habitude.
_ Tu es superbe.
_ Tu trouves ? Je me suis laisser convaincre. Je fais des
efforts pour ressembler à un prince.
_ Tu as grandi et forci aussi.
_ Il faut bien. La vie de Prince n'est pas aussi tranquille que
je me l'imaginais. J'ai déjà échappé
à deux tentatives d'assassinats.
_ Pourquoi ?
_ Parce que le jeu des princes et des princesses, c'est aussi
de s'assassiner. Ils n'aiment pas les rivaux.
_ Ta coiffure te va mieux.
_ Arrêtes un peu... je ne vais plus oser rentrer sur
Terre si tu continues.
_ Il y a quelque chose qui me tracasse à propos de
cela.
_ Nous en parlerons après. Tu as rencontré un
Atlan, Je n'en ai jamais vu au palais, même si je sais qu'il
y a une sorte d'ambassadeur. Je suppose que c'est lui que tu as
vu.
_ Oui c'est lui. Il m'a parlé à
l'Opéra.
_ Alors, comment sont-ils ?
_ Ce ne sont pas des humains. Ils ont une apparence humaine
mais leur peau est bleue et comme reptilienne.
_ Une adaptation à la vie aquatique peut-être
?
_ Je t'assure que c'est vraiment effrayant, en plus ils savent
qui nous sommes et d'où nous venons. _ Cela n'est pas
réellement étonnant. Ce sont les Atlans qui
mènent la danse ici.
_ Mais que dites-vous ?
Jade nous regarde avec de grands yeux affolés.
_ Pardon, mon Prince.
Elle improvise une petite courbette, totalement paniquée
d'être en face d'un prince impérial en tailleur, ce
qui lui interdit la révérence.
_ Nous parlions le français, nous venons tous les deux
de cette contrée, encore quelques mots et je suis à
vous, Mademoiselle. Bettine, que voulais-tu me dire à propos
de notre retour sur terre ?
_ D'abord je ne comprends pas pourquoi je dois participer
à la fête de l'équinoxe et puis... Mon corps a
pas mal changé depuis notre départ.
_ Sur le deuxième point, je peux te rassurer, les
réalités quantiques ne peuvent se chevaucher.
_ Ce qui veut dire ?
_ Que nous reviendrons sur terre dans le même état
que lors de notre départ ! Avec le même corps, avec
les mêmes vêtements. Le temps que nous passions ici,
est du bonus en quelque sorte.
_ Tu veux dire... Boris qu'as tu fais ?
Il sourit.
_ Ta vivacité d'esprit m'enchante.
_ Tu es rentré sur terre sans moi !
_ Tu sembles tellement heureuse ici.
_ Alors je ne peux plus rentrer ?
_ Cela dépend du " quand " au sens quantique du terme.
Ce qui ne veut pas dire grand chose.
_ Tu as passé un an sur terre, Peut-être
plus.
_ Deux ans en fait.
_ Et moi ? Et mes parents ?
_ Ils sont inconsolables.
_ Et toi ? Tu n'as pas eu de problème ? Tu es la
dernière personne qui m'a vu vivante !
_ Tu es toujours vivante, Bettine. Il y a eu une enquête
mais je n'ai pas le profil d'un tueur. Tu le sais bien.
_ Mais tu m'as tuée ! Légalement au moins.
_ Oui. Mais une fois que tu seras mariée, tu pourras
rentrer sur terre avec moi si tu le désires.
_ Qu'est ce que je ferais sur terre ?
_ Tu redonnerais vie à tes parents par exemple.
_ Je pourrais d'ors et déjà leur écrire...
Depuis quand tu joues avec mon destin comme cela ?
_ Cela ne vient pas de moi mais du conseil. Ils m'ont
forcé à partir seul la semaine dernière,
espérant bien ne pas me voir revenir mais je suis revenu
pour toi il y a quelques heures. Je t'assure que cela n'a pas
été simple de retrouver cet " ici ".
_ Alors ici, c'est où ?
_ Sur terre, à l'ère carbonifère,
l'holkérien plus précisément. La machine ne
bouge pas, elle voyage dans le temps... entre son présent et
le passé. Le futur n'est pas accessible.
_ Tu peux modifier l'histoire alors ? Voir Jésus
et...
_ Non. Tu ne peux faire que des sauts quantiques entre des
états stables... Hier au mieux, un million d'année
avant pour la prochaine étape stable, les autres
états oscillent entre les picos et les nanos secondes.
_ Je te déteste !
_ Ce n'était pas le but. Ton amie Jade est
affolée. J'ai fait monter des fruits, si vous voulez vous
mettre à l'aise et visiter mes appartements. Dit-il avec des
sous-entendus dans la voix qu'il n'avait pas " avant ".
_ Tu as une vie sexuelle maintenant ?
_ Non et toi ?
Moi je rougis. Ai-je vraiment une vie sexuelle ?
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