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Je découvre ma nouvelle vie : J'imaginais
avoir une chambre à moi, j'ai un étage. J'ai
également des femmes de chambre et même des gardes du
corps, comme Boris. Sophia semble être définitivement
mon chaperon, ce qui me remplie de joie tant la jeune fille est
agréable. En attendant la fête de l'équinoxe,
je ne peux pas mettre les pieds au palais impérial, mon
emploi du temps est par contre réglé par ma "
mère " et il est toujours bien rempli : Il ne reste que
trois semaines avant la grande réception marquant
l'équinoxe et je dois être prête.
En fait cela ne me change guère de
l'institut. Je me lève en robe de chambre, je prends mon
petit déjeuner avec mes " parents ", tous le monde est alors
en tenue légère : Un déshabillé
vaporeux et transparent pour moi et pour la duchesse, un pyjama de
satin pour le professeur qui bavarde gentiment des
événements de la veille. Le comportement provocateur
de Boris revient souvent dans les conversations.
Ensuite je me baigne, dans une piscine plus que
dans une baignoire. Je passe alors entre les mains d'un masseur
brun, aussi costaud qu'un pilier de rugby ; puis, je suis
parfumée, corsetée, habillée pour le cours du
matin. Un cours de danse, un cours d'étiquette, une
répétition de la réception, avec des servantes
pour figurer le reste de l'assemblée.
Je déjeune en terrasse, souvent seule,
parfois avec la duchesse, ensuite, l'après-midi est libre
jusqu'à quatre heures. Je peux sortir si je le désire
et je ne m'en prive pas. La soirée est en
générale plus intéressante puisque nous
sortons régulièrement, soit pour visiter d'autres
personnes de la noblesse, soit pour des spectacles de
divertissement, soit nous recevons.
New Heaven ne ressemble pas à une ville
terrestre. Du moins pas la partie " Rousse et blonde " que je peux
fréquenter. Je suppose, d'après mes observations
effectuées aux jumelles ; quand je monte sur le toit de
l'immeuble de quatre cents mètres de haut pour bavarder avec
les soldats de faction autour des batteries anti-aériennes,
que les quartiers des gammas et deltas sont plus normaux avec des
commerces, des bistrots, des hôpitaux, que sais-je encore.
Mais dans notre partie il n'y a rien de cela : Uniquement des parcs
et des tours gigantesques. Ce sont les modistes, les bijoutiers,
les orfèvres qui viennent dans mes appartements et non
l'inverse.
L'après midi je tâche donc de me
promener dans les parcs ou le long du fleuve, accompagnée de
Sophia et d'un garde du corps nommé Richard.
_ Richard, Pourquoi devez vous m'accompagner ?
C'est un grand jeune homme brun qui porte la
livrée du duc et un pistolet au côté, il
possède également un équipement de
communication miniature. Sophia elle, a passé un
élégant manteau sur sa tenue de soubrette, manteau
qui s'évase comme sa jupe ample.
_ Vous ne savez pas les dangers qui vous menacent,
mademoiselle.
_ Justement non.
_ D'abord de jeune noble, ce sont les plus
dangereux, ensuite les barbares et enfin les terroristes.
_ Les nobles ?
_ Les jeunes nobles. Ordinairement ils vont
plutôt dans les quartiers la périphérie, il
cherche à faire des choses pas convenables.
_ Mais si un noble vous demande de partir.
_ Je ne dois fidélité qu'au Duc et a
son Empereur. Répond-il dans un sourire carnassier.
_ Bon d'accord, et les barbares ?
_ Ils peuvent attaquer n'importe quand, c'est bien
le problème, et ils se posent souvent dans les parcs avant
de prendre d'assaut les tours.
_ Admettons, mais les terroristes, C'est quoi cela
?
_ Des deltas renégats, qui ne veulent pas
servir l'Empereur.
_ Le système ne fonctionne donc pas
toujours. Il y a des sortes de révolutionnaire.
_ Je ne connais pas ce mot, Mademoiselle.
Je m'approche de la rambarde du fleuve, je ne m'y
accoude pas pour ne pas salir mon manteau, je respire les odeurs
marines en fermant les yeux, il me semble presque entendre des
mouettes.
_ Cela ne va pas, Mademoiselle ?
_ Au contraire, ça va très bien,
Sophia.
Je regarde les arbres étranges, au vert trop
sombre. Le sol est recouvert de large dalle en marbre, entre les
bandes de végétation domestiquée. Le jardin
est magnifique mais ce n'est pas la saison des fleurs, il fait
beaucoup trop froid pour cela. D'autres jeunes filles blondes se
promènent comme moi, avec une toque en fourrure sur les
tresses de leurs chignons compliqués, avec un manchon en
fourrure pour se protéger les mains. Elles glissent autour
de moi dans le cliquetis des talons hauts, parfois nous nous
approchons l'une de l'autre, croyant nous reconnaître. Bien
souvent ce n'est qu'une illusion. Il y a aussi des garçons
en uniforme de cadet, de très rares mères de famille
entourées d'une cour nombreuse mais Sophia me tient à
l'écart d'eux. Comme si un enfant de la noblesse
était un élément trop précieux pour que
je l’approche ?
Je me rends jusqu'à la volière pour
regarder les oiseaux multicolores mais aussi les animaux
enfermés dans un petit parc. Puis, je retournerais chez le
duc et la duchesse, transportée dans une calèche
tirée par deux chevaux, qui seraient vraiment des chevaux
s'ils n'avaient pas trois paires de pattes. Je pourrais aussi
prendre une nef volante qui m’aurait déposée
sur une terrasse en face de ma chambre mais j'ai un peu le vertige
dans ces petits engins... L'absence d'aile probablement.
En me promenant à petits pas sur mes talons
trop hauts, je guette les rendez-vous romantiques entre les cadets
et les jeunes filles de la noblesse impériale. Je suppose
que l'hiver avec ses arbres trop nus qui ne font pas écrans,
n'est pas propice au rendez-vous clandestin. Une partie des jardins
s'étend sur un réseau d'îles artificielles sur
le fleuve. C'est très romantique à cause des
allées tortueuses et des squares en pierre blanche, qui font
comme des figures de proues aux îles. En observant bien, il
est possible de surprendre un garde du corps en grande conversation
avec un chaperon, alors que non loin un jeune homme et une jeune
fille intimidée échangent des mots doux mais
sûrement pas des baisers. Hélas c'est très rare
et dès qu'ils s'aperçoivent de ma présence,
ils s'éloignent l'un de l'autre en faisant semblant de rien,
ce qui affole leurs accompagnateurs qui craignent d'être
surpris et réprimandés.
Parfois je rencontre des filles que je connais, de
l'institut ou de nos réceptions, mais elles sont aussi
gênées que moi. Que dire quand on a quatre paires
d'yeux qui vous surveillent ? Les soirées sont plus
intéressantes pour cela.
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