|





|
_ Mon prince.
La tenue et l'usage vont de paire, en tailleur on
ne fait pas la révérence, même à un
prince.
_ Arrêtes ses conneries, veux-tu ?
Je le regarde, les yeux écarquillés,
outrée. Mais dans quelle langue me parle t-il ?
_ Je te parle en français, et oui... Tu sais
encore parler le français ?
Il a un petit air narquois que je n'aime pas, ses
cheveux sont impeccablement coupés, Il porte un uniforme
noir fait sur mesure, il semble plus grand, plus large, il a encore
l'air d'un avorton, mais beaucoup moins.
_ Tu... tu as l'air en pleine forme, Boris.
_ Et toi, tu as l'air d'une petite poupée
maquillée, avec des épingles en or dans les joues et
des talons trop hauts.
_ Boris ?!?
_ Je te fais de la peine, c'est pourtant la
réalité, on dirait que toutes les femmes ici disent "
sexe " avec leurs corps.
_ Et tu n'aimes pas ça, peut-être
?
Il rit doucement.
_ Je suppose que tu prends tes petites pilules tous
les jours.
_ Bien sûr !
Il traverse dans le salon de réception du
cent vingtième et dernier étage du building où
nous nous trouvons. Les appartements et quartiers du duc et de la
duchesse occupant les vingt derniers étages dans cette tour.
Il me prend la main et m'entraîne sur le balcon, pour
découvrir la ville à nos pieds.
_ C'est magnifique. Je n'ai jamais pris l'avion,
mais cela doit faire pareil.
Je suppose que le balcon est à quatre cents
mètres de haut, la ville est composée d'une quinzaine
de buildings similaires aux nôtres, formant le quartier de la
noblesse, et à l'opposé, le non moins gigantesque
palais impérial. Entre les deux, coule un large fleuve
reflétant l'orange des cieux ; à droite, l'embouchure
du fleuve et les installations d'un port, à gauche, le
groupe des bâtiments des conglomérats de l'empire,
enfin au-delà et tout autour, en cercle concentrique, les
quartiers des gammas et des deltas. Des véhicules à
anti-gravité circulent entre les tours, beaucoup plus bas,
des automobiles à répulsion magnétique
glissent sur les larges avenues mais aussi des calèches
tirées par de magnifiques chevaux.
_ C'est toujours très impressionnant oui,
pour information, tes pilules contiennent des antalgiques, des
euphorisants, des stérilisants, des stimulants et des
aphrodisiaques, ton équilibre hormonal n'est plus qu'un
souvenir comme tes humeurs, l'influence de la lune et tes
menstruations.
_ Et c'est grave ?
Je me grise de la vue, cherchant à voir les
gens dans les tours en face, les passants tout en bas, c'est une
incroyable fourmilière à la propreté
immaculée.
_ Si tu considères qu'être en
permanence droguée et privée de tes sens est grave,
oui. Je t'encourage vivement à ne pas les prendre.
_ Je ne peux pas m'en passer, porter un corset et
des talons aiguilles, c’est déjà bien assez
douloureux comme ça. Qu'est ce que tu fais maintenant, Boris
?
_ Je suis prince, je repousse les tentatives
d'assassinat et je dirige une unité de recherche qui n'a
qu'un seul but : nous faire revenir sur terre.
_ Et cela fonctionne ?
_ Je fais traîner, j'aimerais comprendre
où nous sommes réellement avant de partir.
_ Alors nous pouvons rentrer chez nous ?
_ Dans six mois au maximum, oui. J'ai
déjà envoyé des petits robots dans ma chambre
sur terre, clandestinement... Ils ne doivent pas savoir que mes
travaux sont aussi avancés sinon ils nous renverront chez
nous, que je sois prince ou pas !
_ Tu as une idée de la planète
où nous avons atterri ?
_ Sur terre, à l'aube des temps, il y a
trois milliards d'années environ.
_ C'est tout ?
_ Et oui, nous ne sommes pas sur une autre
planète, le professeur n'a pas su interpréter
correctement notre composition isotopique. Ces gens là sont
très savants grâce à leur machine à
apprendre, mais pas très malins. Je suppose que les Atlans,
c'est autre chose.
_ Je suis presque déçue. Je croyais
vraiment être sur une autre planète.
_ La présence de tout ce musée
fétichiste ne te semble pas un mystère suffisant ? Je
t'assure que la civilisation des amazones n'est pas triste non
plus.
_ Les amazones ?
_ Les barbares si tu préfères.
L'inverse de cet empire d'opérette. Là bas, les
femmes dirigent et les hommes font les beaux, la plupart sont
castrés d'ailleurs.
_ Je suppose que tu as déjà une
explication brillante.
_ J'ai des hypothèses. Visiblement, voyager
dans le futur est interdit par les lois de l'univers,
peut-être que les Atlans viennent de notre futur, ils ont
prélevé des humains où uniquement leur
génome pour créer ce barnum bien à l'abri dans
le passé. En tout état de cause, l'être qui a
bâti tout cela, a de sérieux problème
psychiatrique.
_ J'ai une autre idée, peut être que
nous ne sommes qu'un spectacle, il y a, là haut, des
caméras, et la vie d'ici est retransmise sur leur
télévision, ailleurs.
_ C'est une belle hypothèse... Bettine, cela
fait six mois que je n'ai pas parlé avec quelqu'un qui a des
idées, cela fait sacrement plaisir de te revoir.
Il me regarde avec tout autre chose que du
désir dans le regard.
_ Allons saluer le duc, ensuite je retournerais au
palais.
_ Tu vis au palais !
_ Evidement, je suis prince. J'ai même ma
garde personnelle.
_ Cela doit être encore plus magnifique
qu'ici.
_ C'est le même grand guignol un cran
au-dessus.
|