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Cette fois je me réveille normalement. Je suis dans mon
lit, un oreiller moelleux sous la tête, des draps
tièdes sous mon menton. Je me love dans cette douceur avant
d'entrouvrir les yeux.
Je ne suis pas chez moi !
_ Bonjour, mademoiselle.
Une jeune fille brune me regarde, avec un sourire
bienveillant, elle est légèrement maquillée et
elle exhale un parfum très frais, elle est vêtue comme
une femme de chambre dans ces pièces de théâtre
de boulevard qui passaient parfois à la
télévision : un tablier blanc à bavette et
bretelles à falbalas, une robe bleu clair et une petite
coiffe blanche sur son chignon. Elle me présente deux
pantoufles avec un petit talon, qu'elle dépose sur le tapis,
à côté de mon lit, je vois que le tablier est
serré dans son dos avec un énorme nœud. Je
comprends que je dois me lever, j'écarte donc les draps
soyeux et pose mes pieds dans les pantoufles, je porte une longue
chemise de nuit blanche à dentelles et bouffants, je me
retrouve debout, toute surprise.
_ Je dois vous coiffer et vous maquiller, mademoiselle.
Elle m'indique une coiffeuse en bois vernis avec un miroir
enchâssé dans un montant en or, les poignées
des tiroirs semblent aussi être du même métal,
je regarde autour de moi avant de m'asseoir dans le siège
capitonné de velours : Des fleurs sur les meubles, des
tableaux de factures très classiques, représentant
des paysages au ciel orangé, des poupées et des
peluches, une fenêtre entourées de lourds rideaux
à embrasse. Je me trouve bonne mine dans le miroir, pas de
cerne, un joli teint peut-être dû à la
lumière teinté d'orange de la chambre.
_ Comment vous appelez-vous ?
_ Sophia, mademoiselle.
Il me semble que mes cheveux sont plus beaux aussi,
sous la brosse, plus blond, plus vigoureux, plus épais. Elle
me coiffe sans aucune brutalité, défaisant les
nœuds avec douceur puis pour la première fois de ma
vie, je suis maquillée. Du fond de teint très
léger, du fard gris et du bleu sur mes paupières ; un
mascara bleu qui semble doubler la longueur de mes cils ; du rouge
sur mes lèvres qu'elle redessine avec un crayon plus sombre.
Je me sens comme une petite princesse dans un conte de fée
baigné de lumière orange.
_ Vous voilà prêtes pour le petit déjeuner,
mademoiselle.
Je la suis dans ce que je suppose être la
cuisine, je remarque que ma camériste porte des collants
à couture très rétro ainsi que des bottines
à talons aiguilles qui me semble vertigineux. Elle marche
pourtant avec assurance et tranquillités, la nuque bien
droite sous son chignon et sa coiffe.
_ Bonjour mademoiselle.
Une femme plus âgée, vêtue de la
même manière mais avec une robe blanche, m'accueille
dans l'office, elle me sert du lait chocolaté dans un bol en
porcelaine décoré de fleurs bleues, une
cuillère en argent finement travaillée est
posée à côté du bol ainsi que des
viennoiseries typiquement françaises.
« Mais où sommes-nous ? »
Le lait est à l'exacte température
qui convient à mon palais, les croissants sont
délicieux et contrairement à mes craintes, le rouge a
lèvre ne tache pas la porcelaine. Je suis dans un
rêve.
_ Le Duc et la Duchesse vous attendent dans le salon,
mademoiselle.
J'ai l'impression que le rêve va se terminer.
Cette fois, c'est en tremblant que je marche derrière elle
dans un couloir, Elle ouvre une porte en bois, visiblement elle
n'entrera pas avec moi dans le salon.
_ Bettine !
Boris est là et semble lui aussi radieux, il
est tout aussi transformé que moi, mais dans une
épaisse robe de chambre bleue et tout à fait opaque
alors que la mienne joue avec les transparences et les dentelles.
Il rougit d'ailleurs avant de me serrer contre lui, ce que je
trouve un peu exagéré. Je rougis à mon tour en
voyant que nous ne sommes pas seuls dans le salon.
_ Bonjour Bettine, bienvenue parmi nous. Je suis le professeur
Calmette et voici mon épouse, Carine.
_ Bonjour. Dis-je d'une petite voix.
Je suis très intimidé.
_ Prenons place, nous avons à parler, il me semble.
C'est le même professeur que celui que j'ai
aperçu lors des mes rares instants de lucidité,
pendant ce que je suppose être ma convalescence. Il porte un
élégant costume intemporel, sa femme est une
véritable beauté, alors que j'avais
déjà trouvé les femmes de chambres
extrêmement belles. Le professeur semble avoir la soixantaine
mais le visage de son épouse est lisse pourtant je la devine
du même âge. Elle est maquillée avec un soin
extrême, ses longs cheveux blancs très fournis cascade
jusqu'au creux de ses reins. Elle porte un tailleur noir qui semble
être en cuir ; la jupe très moulante et longue
l'enserre de la taille jusqu'à mi-mollet, sa taille semble
incroyablement fine, ses ongles sont très longs, vernis de
rouge, elle porte des diamants autour de chacun de ses doigts, des
escarpins aux talons encore plus haut que ceux des servantes font
paraître ses pieds minuscules, comme dans un
écrin.
_ Alors, Bettine et Boris, d'où venez-vous ?
_ Je n'en suis pas certain, d'une autre planète je
suppose.
_ J'ai soigneusement examiné l'épave de votre
véhicule, ce n'est pas un engin spatial.
_ C'est une machine quantique, elle est sensée voyager
dans le temps et non dans l'espace, nous étions en mille
neuf cent quatre-vingt-trois lors de notre départ.
_ Bien, vous êtes très intelligent, jeune Boris,
Avez vous un moyen de retourner chez vous ?
_ Il faudrait que je comprenne où nous nous trouvons
puis que je reconstruise ma machine quantique.
_ Vous avez voyagé dans l'espace et dans le temps. Vous
êtes sur la planète Boréa, la date n'a pas
grande importance, cela peut être le passé ou le futur
de votre planète.
_ Pourtant vous êtes humains comme nous ?
_ En effet, votre patrimoine génétique semble
très proche du nôtre, mais j'ignore si vous pouvez
vous reproduire ici.
_ Je ne comprends décidément pas. Se renfrogne
Boris.
_ Et vous, Jeune Bettine, que pensez-vous de cela ?
Encore une fois la timidité me rattrape, je
rougis donc en répondant.
_ J'aimerais, d'abord, vous remercier de nous avoir
sauvé la vie à tous les deux.
_ Vos remerciements sont les bienvenues.
_ Ensuite j'aimerais comprendre pourquoi nous parlons votre
langue.
_ Cette question est pertinente. Il me faut reprendre depuis le
début : Il y a quinze jours, nous avons
détecté une activité ionique anormale dans le
secteur 7 de la grande forêt, bien au-delà de la
barrière de protection. Cette portion dépendant de
nous et craignant une attaque des Barbares, j'ai envoyé une
patrouille d'éclaireur sur place. Ils ont retrouvé
l'épave de votre engin grâce à sa
radioactivité atypique, ainsi que votre trace, lors d'une
partie de chasse organisée par le lieutenant. Les militaires
sont friands de ce sport dangereux.
_ Vous voulez dire que nos isotopes ne sont pas les mêmes
que les vôtres ? Le coupa Boris.
_ Non, mon jeune ami, vous êtes réellement un
extraterrestre pour nous. Vous étiez tous les deux dans un
très mauvais état physique, nous vous avons
ramené ici, dans ma résidence d'été
pour vous soigner et vous inculquer notre langue.
_ Pourquoi avons-nous été assommé lors de
notre sauvetage ?
A l'hésitation de Boris, je compris qu'il
aurait dit capture tout aussi volontiers.
_ C'est un delta qui vous à retrouver, ce sont de braves
gens incapables d'initiative réelle, il applique les
consignes, vous ne pouviez vous exprimer dans notre langue, il vous
a envoyez une bonne dose de rayon paralysant.
_ Des deltas ?
_ Je vais laisser mon épouse répondre à
vos questions, je dois m'entretenir de votre sort avec le
Conseil.
_ Qu'allez vous nous faire ?
Le professeur parti dans un grand éclat de
rire.
_ A pire rien, c'est à dire vous trouvez une place parmi
nous, au mieux vous renvoyez chez vous.
Pour la première fois l'épouse du professeur
ouvrit la bouche.
_ Notre société est divisée en classe. En
fonction des capacités intellectuelles vous vous retrouver
à un poste élevé ou au contraire simple
servante. Pour facilité les choses, la couleur des cheveux
reflète la classe, les bruns sont en bas de
l'échelle, les roux au sommet, les blonds viennent en second
puis les châtains.
Je regardais mes cheveux d'un blond éclatant
puis la coiffure rousse de Boris.
_ Mais c'est... Commença à s'emporter Boris.
_ La reproduction naturelle nous est interdite, de cette
manière notre société conserve son
équilibre.
_ Interdite par qui, Madame ? Demandais-je.
_ Par les Atlans.
Le professeur rentra dans le salon à ce
moment là.
_ Le Conseil a pris sa décision, Jeune gens.
_ Arrêtes de jouer avec les nerfs de ces enfants, Albert,
ils sont sur des charbons ardents.
_ Bien, vous êtes désormais nos pupilles,
étant donner les capacités cognitives exceptionnelles
de Boris, il intégrera un cours spécial de
l'armée quant à Bettine, je la laisse à vos
bons soins, ma chère.
_ Cela semble pour le mieux, mon cher, Bettine me semble
capable de devenir une vraie Comtesse.
_ Il y a une condition. Boris doit mettre toute son
énergie dans la conception d’une machine capable de
les renvoyer chez eux et si possible y parvenir avant que les
Atlans ne viennent s'interposer.
Voilà qui était clair, nous
étions les bienvenus mais à condition de repartir
bien vite.
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