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_ Bettine ?!
Boris, tire sur mon bras. Donc je dormais. Je me
réveille en sursautant.
_ Ne bouge surtout pas ! Murmure t’il, le ton
alarmé.
Boris ne bouge pas, je regarde son pied avec une
fascination morbide, la peau au-dessus de la chaussette est
gonflée, violette, parcourue de traînées noires
et pourpres, et peut-être même de nuances de
bleus.
_ Là ! Me souffle t'il.
Là donc, un dinosaure nous regarde.
Mon cœur fait un bon, un de plus, et le temps
semble se ralentir curieusement, devenir semblable à la
glue, laissant s'échapper les instants comme à
regret.
_ Un tyrannosaure, dit-il, fasciné.
Une énorme bête à la peau de
murène, avec une gueule capable de nous engloutir tous les
deux, un oeil petit en comparaison, qui n'est pas fixé sur
nous d'ailleurs. Il tourne sa tête perchée à
une bonne dizaine de mètre de haut sur la droite et le sol
se met à trembler, à résonner : des pas
gigantesques se rapprochent, comme pendant la nuit. Boris commence
à trembler physiquement, tout son corps tremble, alors que
je reste pétrifiée. Dans un sinistre craquement, un
puis tout un troupeau de dinosaures marche entre nous et le
tyrannosaure, à notre droite, à notre gauche et
même au-dessus de nous, en s'écartant pour ne pas nous
toucher.
_ Des tricératops, C'est impossible.
Je le regarde, sans comprendre.
_ Ils ne vivaient pas à la même
époque.
Boris a dû oublier qu'il n'est pas sur terre
mais semblant lire dans mes pensées, il reprend.
_ On aurait pu être sur terre, dans le passé.
Nous sommes seuls et tremblants, les dinosaures
sont partis.
_ C'est incompréhensible, comme si on avait
enlevé des formes de vie terrestres pour les faire vivre
ici.
_ Des hommes aussi, tu crois ?
_ J'espère que ce ne sont pas des hommes des cavernes en
tout cas.
La réponse nous arrive très vite et
à point nommé, nous n'avons même pas le temps
d'avoir peur : le tyrannosaure se jette sur nous, la gueule
béante, je vois qu'une de ses cuisses surpuissantes est
ensanglantée, un sang rouge sombre comme le nôtre. Un
éclair sifflant surgit par la gauche, fauche le monstre en
pleine course, il s'abat cinq bons mètres plus loin,
projeter sur notre droite par l'impact.
Un homme se tient devant nous, un homme brun avec
une petite moustache finement taillée, un casque colonial
beige sur la tête, une chemisette blanche, une culotte de
cheval beige et des bottes marrons en cuir, il tient dans ses mains
puissantes un énorme fusil noir dont le canon est parcouru
par d'étranges irisations lumineuses.
Il s'approche en parlant d'une voix chaleureuse et
excitée, mais voyant notre silence, il se tait à son
tour puis éclate de rire.
_ Eh ! Hurle Boris.
Le fusil se pointe vers nous et dans un bzoum
carnavalesque, je m'endors, aveuglée.
Je vois une salle blanche, un homme habillé en blanc
avec une barbiche blanche et des lunettes, coiffé d'une
toque blanche, me sourit ; une femme brune, portant une blouse
bleue et un tablier blanc ainsi qu'une coiffe, lui présente
un plateau métallique, je suis dans un lit, je porte moi
aussi une blouse blanche, je me sens bien, je sombre dans le
sommeil.
Cela me picote les tempes.
_ Elle va se réveiller. Dit une voix chaleureuse.
« Je comprends ce langage étrange ? »
Je force sur mes paupières, j'arrive
à voir un instant avant de m'évanouir à
nouveau : j'étais assise, dans une salle carrelée, la
tête prise entre deux pinces, je ne me souviens de rien
d'autre.
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