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_ Aaah !
Comment ne pas hurler quand on tombe ?
Et Boris hurle à côté de moi les yeux
révulsés de terreur.
Comment ne pas hurler quand des barrières
végétales défilent devant vous, des branches
nous frôlent en sifflant ou en emportant des pans entiers de
la machine qui se désagrège.
Un craquement immense. Nous ne bougeons plus, je vois un ciel
nuageux et jaune orangé par la trouée que nous venons
de créer dans les branchages d'un arbre gigantesque.
Je me réveille.
Je me réveille normalement.
C'est à dire, je me réveille en reprenant
conscience que je suis allongée, en forçant sur mes
paupières pour les ouvrir. C'est seulement l'instant
d'après que je prends conscience de la douleur.
Et j'ai mal partout de plus en plus fort.
_ Ca va ?
Boris est agenouillé à
côté de moi, du sang séché couvre tout
le côté droit de son visage.
Je n'ose même pas bougé le plus petit muscle de
crainte de déchaîner des torrents de douleur encore
plus intense, même respirer est atroce.
_ La douleur va passer, cela prend quelques heures, nous devons
respirer des toxines inconnues et le taux d'oxygène doit
être plus faible que sur terre.
_ Sur terre ?
_ Ah, tu peux parler... Je ne sais pas où nous sommes,
mais pas sur terre, il doit y avoir une loi que j'ignore encore qui
interdit les voyages quantiques vers le futur.
_ Mais, comment je vais rentrer chez moi ?
_ Ma machine est pulvérisée, nous ne pouvons pas,
nous allons probablement mourir ici dans un jour ou deux, soit de
faim, soit dévorés par des prédateurs car il y
a de la vie ici !
Il se relève d'un bond.
_ Tu te rends compte, Bettine, nous avons probablement
découvert une autre planète avec une
atmosphère respirable en plus !
Je commence à pleurer en silence, chaque sanglot
déclenchant des trilles douloureux dans mes mâchoires
et mes sinus, mais comment ne pas pleurer ?
_ Pourquoi pleures-tu ?
Décidément non, Boris n'est pas un
homme, tout juste un enfant aussi génial que fou.
_ Bon, le temps que tu te remettes, je vais explorer les
environs.
_ Non, ne me laisse pas seule !
_ Cela ne change rien, je t'assure.
Je reste donc seule au comble du désespoir. C'est le
moment idéal pour s'apercevoir que j'aime la vie. J'aime ma
vie, j'aime mes parents, j'aime même mon frère et tout
le reste du monde, et je veux rentrer chez moi, avant deux jours,
parce que je vais avoir mes petites choses et que je n'ai rien pour
y remédier.
Deux heures plus tard, je suis arrivée à me
mettre debout. Je marche en tremblant alors que Boris allume
tranquillement un feu avec un briquet pour tester les
propriétés inflammables des végétaux
environnants. Je fais des ronds autour de l'arbre qui a ralenti
notre chute en essayant de ne pas voir tout ce qui ne va pas.
Mais rien ne va.
L'herbe n'a pas la bonne couleur ni la bonne hauteur,
l'écorce de l'arbre n'en est pas une, le bois ne semble pas
ligneux, les feuilles sont trop épaisses et trop grande et
parfois des bruits inexplicables déchirent le silence.
_ On n'entend même pas des oiseaux.
_ J'ai vu des sortes d'oiseaux s'enfuir, répond Boris,
Notre situation est grave mais pas
désespérée.
_ Ah ? Dis-je, plaintivement.
_ Ma machine n'était pas prévue pour voyager
mais, au cas où, j'avais placé des équipements
de survie sous nos sièges. Nous ne sommes pas
blessés, nous avons en fait des chances raisonnables de
survivre.
Je ne veux pas survivre, je veux vivre !
Devant mon silence, il me présente le
contenu de deux sacs.
_ Deux bouteilles d'Evian de deux litres chacune, des conserves
et des fruits secs et des barres de céréales
énergétiques. Avec cela on peut tenir quelques
jours.
_ Vraiment ?
_ Ici, les couvertures de survies et les ponchos, pour la
pluie.
_ Il pleut ici ?
_ Je ne sais pas. J'ai aussi préparé une trousse
médicale avec...
_ Tu as des tampons hygiéniques ?!?
_ Des... Il me regarde bizarrement, avant de conclure par un
"non" désespérant.
_ Nous partons dès que tu te sens prêtes.
_ Pour aller où ?
_ Là bas coule une rivière, nous allons la
suivre, avec un peu de chance nous ne sommes pas trop loin d'une
embouchure de fleuve.
_ Et une brosse, tu as une brosse ?
_ Une brosse ?
_ Une brosse à cheveux !!!
_ Non mais j'ai du savon.
Je soupire, je soupire énormément, et
puis, je peux pleurer sans me faire mal, maintenant.
_ Bon je suis prête.
Je trouve bien lourd le sac à dos une fois
celui ci ajustés sur mes épaules, et je ne vois pas
en quoi être prêt ou loin de l'embouchure d'un fleuve
constitue une bonne ou une mauvaise nouvelle.
Assez curieusement, après une bonne heure de
marche dans une jungle pas trop impénétrable ; je me
surprends à sourire, après tout, j'ai des baskets et
c'est idéal pour marcher, je porte un jeans qui me
protège des herbes et des branchages un peu trop coupants,
Boris est bien plus gringalet que moi et je me retrouve à
l'attendre et non le contraire. Les journées étant
encore fraîches, j'avais emporté un pull en laine
blanche, pour l'instant je me contente de mon t-shirt. Boris avec
un short, des mocassins et une simple chemisette bleu marine est
beaucoup moins bien loti que moi.
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